Patrick MUR

Thèse - 1994

Université de Rennes I

  Contribution à la gestion des populations paléarctiques de caille des blés dans la phase européenne de son cycle annuel

Recherches méthodologiques sur la cinétique démographique et appréciation des facteurs de fluctuations

   
CHAPITRE I   MATÉRIEL ET MÉTHODES
     
I - LES HOMMES ET LE MILIEU CONCERNÉS PAR LE SUIVI

Paragraphe II

1- Les observateurs

L'appel à collaboration lancé au cours de l'hiver 1991 auprès de toutes les Fédérations Départementales des Chasseurs a permis dans un premier temps de s'assurer le concours d'une majorité de techniciens en poste dans ces organismes (généralement un coordinateur par département). Ce personnel étant amené à réaliser des actions concrètes de suivi de population sur d'autres espèces, notamment de galliformes, nous considérons qu'il est tout à fait compétent en la matière. Les réponses positives recueillies ultérieurement témoignent en outre de l'intérêt porté par ceux-ci à la mise en place et au fonctionnement du réseau expérimental. Ces deux aspects, couplés à une bonne connaissance du terrain, sont déterminants dans la qualité des observations réalisées, point de vue que nous partageons avec ANDERSON D.R et al. (1979) et BURNHAM K.P. et al.(1980).

Ponctuellement, des candidatures volontaires nous sont parvenues émanant des Services de la Garderie de l'Office National de la Chasse rattachés auprès de ces Fédérations, permettant ainsi de compléter la couverture géographique nationale.

2- Les sites d'étude

2.1- Choix et localisation

Deux sites d'étude au minimum sont retenus par département de façon non aléatoire: le choix à réaliser incombe à chaque correspondant. Il est fixé sur les meilleures zones connues pour être régulièrement fréquentées d'une année sur l'autre par l'espèce. OBERTHUR (1954) nomme de tels lieux des "places à cailles".

Afin de limiter les déplacements de l'observateur entre chaque site, ceux-ci sont relativement proches mais distants d'au moins 5 kilomètres pour être considérés comme indépendants. GUYOMARC'H et al. (1984) rapportent en effet l'existence en Haute Garonne (plaine du Lauragais) au cours de l'été 1983, de sites assez bien définis espacés de 0,8 à 1 kilomètre environ où se regroupent passagèrement les mâles en phase de reproduction. Cette distance correspond également à la portée maximale théorique du chant lors de conditions optimales à l'aube (AUBRAIS et al., 1986 et obs. pers.).

Couvrant 15 départements en 1991, le nombre de stations a progressivement augmenté passant de 46 à 75 au cours la saison estivale 1993. Cette même année, 23 coordinateurs départementaux assuraient le suivi de l'espèce pour l'Ardèche (07), l'Ariège (09), l'Aude (11), l'Aveyron (12), la Drôme (26), le Gard (30), l'Ille et Vilaine (35), l'Isère (38), le Loir et Cher (41), la Loire (42), la Haute Loire (43), le Maine et Loire (49), la Manche (50), la Mayenne (53), la Nièvre (58), les Pyrénées Orientales (66), la Saône et Loire (71), les Deux Sèvres (79), la Somme (80), le Tarn et Garonne (82), le Vaucluse (84), la Vendée (85) et l'Yonne (89). La couverture nationale ainsi définie sur la figure I.1 ne résulte pas d'un choix personnel mais de volontés locales.

2.2- L'évolution des cultures de 1970 à 1988

Cette évolution est appréciée au moyen des fiches comparatives 1970-1979-1988 SCEE-INSEE du dernier recensement général agricole (R.G.A. 1988) des Directions Départementales de l'Agriculture et de la Forêt (D.D.A.F.) au niveau de la plus petite échelle d'enquête qui est la commune. Les figures I.2 à I.5 retracent donc pour 61 stations de plaine et 14 stations de montagne par l'intermédiaire de leur commune d'appartenance, l'évolution des surfaces majoritaires (cumul distinctif entre les deux milieux). Celles-ci regroupent à la fois, les céréales, les cultures industrielles, les fourrages en culture principale et la superficie toujours en herbe (S.T.H.), qui relèvent des définitions suivantes :

  - les céréales cultivées pour la semence ou le grain ,
   
  - les cultures industrielles : betterave industrielle, fibres, oléagineux, plantes médicinales, à parfum, aromatiques et condimentaires, tabac et les semences grainières ou autres,
   
  - la surface toujours en herbe (S.T.H) qui résulte d'un enherbement naturel ou d'un ensemencement datant de plus de 5 ans. Figurent dans cette catégorie les prairies semées depuis 6 à 10 ans (les légumineuses sont exclues car considérées comme des prairies artificielles), les prairies naturelles ou semées depuis plus de 10 ans (la production annuelle est inférieure à 1500 unités fourragères et couvre les besoins d'une unité gros bétail à l'hectare pendant au moins 6 mois) et les terrains toujours en herbe peu productifs (la production annuelle est inférieure au seuil précédent, ils sont essentiellement pacagés et au moins 25% de la surface est occupée par une végétation ligneuse ou semi-ligneuse),
   
  - les fourrages en culture principale se composent de prairies artificielles (légumineuses fourragères pures ou en mélange occupant le sol au delà d'une année entière), de prairies temporaires (enherbement naturel ou ensemencement datant de moins de 5 ans) et de plantes fourragères non sarclées (le cycle végétatif ne dépasse pas l'année).

A la révolution fourragère de l'après guerre motivée par l'accroissement du cheptel très remarquable en région bretonne (CANEVET, 1992) s'est succédée, suite à l'instauration des quotas laitiers, une période de transition marquée par la diminution de ces surfaces. Les prairies artificielles et temporaires ainsi que le maïs fourrage composant majoritairement cette catégorie de culture sont donc passés en plaine entre 1970 et 1988 d'environ 18.000 à 12.000 hectares (Fig.I.2), soit une diminution de 8,2% entre les deux premières enquêtes agricoles s'accentuant ces dernières années avec 25,1%. 70% et 84% de nos stations sont respectivement concernées.

Cette évolution ne prévaut toutefois pas pour l'ensemble de la France. Sur les zones de relief du massif central et des pyrénées, d'après les 14 communes considérées, les surfaces fourragères se sont accrues. Pour le département de l'Aveyron, c'est essentiellement les prairies temporaires qui, devenant majoritaires avant 1970 à la place des prairies artificielles, ont déterminé un développement de ces surfaces au détriment bien souvent des céréales (MUR, 1991). Ces parcelles en ray grass (voire dactyle ou fétuque) sont alors bien souvent ensilées.

CANEVET (1992) considère qu'en Bretagne l'évolution de ces deux cultures sont liées. Selon cet auteur l'augmentation régulière des surfaces céréalières en blé et en maïs grain dans cette région depuis la fin des années 1960 s'effectuerait au détriment des surfaces fourragères. Nous constatons que cela pourrait être également applicable à au moins 75% de nos stations de 1970 à 1979 (+8,5% d'après la figure I.3). Entre les deux dernières enquêtes la tendance est à la baisse de 13,6%.

La diminution des surfaces fourragères mais aussi permanentes en plaine (Fig.I.4, 1970-1979 : -10,3% et 1979-1988 : -27,3%) a donc permis l'apparition de nouvelles cultures à plus fortes valeurs énergétiques. Leurs surfaces dans la décennie 80 ont été multipliées par 6,5 sur le cumul de nos 61 stations. Il s'agit des oléagineux, principalement représentés par le colza et le tournesol et des protéagineux avec le pois fourrager (Fig.I.5).

Les secteurs de basse altitude définis comme des lieux traditionnels de reproduction n'ont donc pas été épargnés par les profondes modifications que le monde agricole a connu ces vingt dernières années. Ils constituent autant de témoins des réorientations successives qui ont été adoptées de gré ou de force à différentes époques et mettent en évidence la diminution de la surface agricole utilisée: -5,5% de 1970 à 1988, probablement accentuée ces dernières années.

2.3- Les assolements en 1988

Les céréales, les cultures industrielles, la surface toujours en herbe et les fourrages en culture principale totalisent prés de 90% de la surface agricole utile (S.A.U.) quelle que soit la station considérée. Ils définissent deux types d'agrosystèmes qui s'apparentent classiquement aux secteurs intensifs de basse altitude (31 communes) et aux secteurs montagneux plutôt de nature extensive dont la production est orientée vers l'élevage et la polyculture (14 communes). Les surfaces majoritaires sont alors respectivement les céréales (44% de la S.A.U) et la surface toujours en herbe (51%), comme nous pouvons en juger sur les figures I.6 et I.7.

Les cultures industrielles font généralement défaut sur les communes de montagne, le faible pourcentage représenté dans la S.A.U moyenne tient à la seule présence de lavandin sur la station de Sault (alt.700 m) dans le département du Vaucluse.

2.4- L'évolution des cultures entre 1991 et 1993

En raison de l'hétérogénéité des parcellaires relevés par nos correspondants départementaux de 1991 à 1993 ceux-ci ont fait l'objet d'une digitalisation à partir d'une tablette Genius sous le logiciel de D.A.O Autocad 11.0. Chaque parcelle est assimilée à un polygone dont la surface est mesurée grâce à la formule mise au point par LEFEVRE B. Celle-ci est également utilisée par certains géomètres experts :

avec X l'abscisse et Y l'ordonnée d'un même sommet et n le nombre de sommets du polygone

L'aire totale obtenue par cumul de l'ensemble des parcelles représente alors la surface agricole utilisée d'après les catégories définies dans les enquêtes statistiques agricoles des D.D.A.F. Pour chaque culture présente sur une secteur d'étude donné (n=55), un pourcentage à cette dernière est donc établi annuellement dont la différence sert d'unité de comparaison. En l'absence d'un nombre suffisant de stations suivies en 1991, l'analyse de la rotation des cultures par classe de 10% ne s'applique qu'entre les deux dernières années (Fig.I.9) sauf pour les céréales (n=22 et n=38 respectivement). Une distinction plaine-montagne est alors notifiée (Fig.I.8).

Les surfaces céréalières peuvent présenter des variations de contribution à la surface agricole utile de 20 à 30% pour plus d'une station suivie sur quatre entre 1991 et 1992 (Fig.I.8 avec n=22). La proportion de sites d'étude présentant une évolution négative de la part des céréales dans l'assolement général se situe légèrement au dessus de la moyenne (54,4%). Une tendance inverse très marquée est nettement observable en montagne (5 stations sur 7 sont concernées).

En plaine entre 1992 et 1993, trois événements majeurs peuvent être notés :

  - la classe comprise entre +20 et +30% n'est pas représentée,
   
  - la proportion de stations à faible rotation pour cette culture (plus ou moins 10% de la S.A.U) augmente de près de 16%,
   
  - les disparités précédemment citées entre les deux milieux n'existent plus.

Ce constat est en mettre en parallèle avec l'analyse de la figure I.10 qui représente l'évolution de la part des terres arables retirées temporairement de la mise en culture entre 1992 et 1993. Absentes de la presque totalité de nos zones témoins en 1991 (3 sur un total potentiel de 23), les surfaces en terres gelées se sont timidement accrues en 1992 pour prendre leur réel essor au cours de la dernière année. Dans 73% des cas la différence de contribution à la surface agricole utile est positive, négative pour le complément à 100. L'adoption de la réforme de la politique agricole commune (P.A.C) le 21 mai 1992, contribue donc à accélérer la diminution de ces deux types de culture. Elle implique en effet le retrait obligatoire d'au moins 20% des surfaces en céréales et oléo-protéagineux de l'année précédente pour bénéficier des aides compensatoires à la baisse prévue des prix. Il est vrai que les actions volontaires de gel des terres proposées aux agriculteurs sur un quinquennat à partir de 1988, puis sur une année entre 1991 et 1992, n'ont pas eu les retombées escomptées. Un million d'hectares sont concernés dans l'ensemble de la C.E.E en 1991, soit 0,8% de la S.A.U. (JOLIVET, 1993).

Le colza, le tournesol mais aussi le pois fourrager figurent donc également parmi les cultures soumises à cette réglementation en tant que oléagineux et protéagineux. Elles ne sont présentes qu'en plaine respectivement sur 13, 15 et 16 stations (Tab.I.1). La variation inter-annuelle de contribution du colza à la surface agricole utile est faible (moins de 10%) à l'image de sa présence dans les assolements. On ne peut prétendre à la lecture de la figure que cette évolution est négative, ce qui est tout autre pour le tournesol. Deux tiers des stations sont concernées dans la première classe 0-10%, un quart dans la suivante. Plus la variation inter-annuelle va être forte plus celle-ci va concerner une évolution à la baisse de la part du tournesol dans la surface de terres arables.

Le pois fourrager, des trois cultures précitées est la plus remarquable. Entre 1992 et 1993 jusqu'à 30% de la surface agricole utile peut être concernée (classe 20-30%). Cette variation intéresse dans des proportions exactement équilibrées des stations où l'évolution est à la hausse ou à la baisse, toutes classes confondues. Le pois fourrager ne semble donc pas pâtir outre mesure des restrictions mises en oeuvre dans le cadre de la politique agricole commune. Ce choix de mise en culture réalisé par les agriculteurs semble même concerner des surfaces importantes.

  N tot   0-10%   10-20%   20-30%
  N Moy. Ect.   N Moy. Ect.   N Moy. Ect.
Céréales (1) 22   11 5.27 (1.86)   5 14.04 (3.18)   6 27.18 (3.93)
  38   24 4.74 (3.32)   9 14.73 (2.97)   5 25.36 (3.58)
Colza 13   13 3.75 (2.18)   -- -- --   -- -- --
Pois 16   9 3.44 (2.40)   5 13.28 (2.77)   2 20.35 (0.35)
Tournesol 15   11 4.62 (3.17)   4 16.34 (3.30)   -- -- --
Jachères 27   19 4.91 (3.41)   7 14.17 (3.28)   1 23.50 (0)
Maïs (2) 26   20 3.82 (2.47)     -- --   4 24.50 (1.59)
Prairies artif. 24   21 3.67 (2.70)   2 14.05 (0.73)   1 24.17 (0)
Prairies temp. 17   15 2.41 (2.02)   2 12.51 (0.51)   -- -- --
 
Tableau I.1 : Nombre de stations, pourcentages moyens et écarts type associés à chaque culture par intervalle de fréquence relative de la S.A.U dans le cadre de la rotation 1992-1993
(1): référence à la rotation 1991-1992 - (2): deux stations relèvent de la classe 30-40% de S.A.U qui ne figure pas dans le tableau [Retour paragraphe]
 

Lorsque le maïs est présent sur des stations suivies (n=26), la rotation 1992-1993 concerne environ 77% d'entre elles pour moins de 10% de variation de la S.A.U (moyenne de 3,8%). Il s'identifie ainsi à l'ensemble des autres cultures à l'exception du pois fourrager (seulement 56% des stations sont concernées mais la variation moyenne reste inférieure à 5%). Alors que cette même classe est composée en majorité de surfaces en maïs à la baisse pour un assolement donné, nous observons que la variation peut atteindre jusqu'à 40% de la S.A.U. Celle-ci dénote alors un accroissement spectaculaire de la proportion de maïs parmi la mise en culture pratiquée qui s'adresse à près d'une station sur cinq. On peut donc penser qu'en plaine, localement, si ce phénomène n'est pas particulier à la comparaison 1992-1993, certains foyers de chant et d'appariement pourraient subir de profondes affectations en terme de structure, de disponibilité spatiale des autres couvertures végétales mais aussi trophique en raison de l'importance des épandages d'herbicides (Atrazine et Simazine sont les deux matières actives qui entrent généralement dans la composition des produits phytosanitaires utilisés sur cette culture pour lutter contre les plantes adventices). Bien que certaines variétés de maïs développées par l'I.N.R.A soient adaptées à l'altitude, l'utilisation de celles-ci reste dépendante de facteurs locaux pédologiques et météorologiques lors du semis ainsi que durant tous les stades de croissance. Au delà de 900 mètres l'implantation de cette plante n'est plus viable. La faible contribution des stations de montagne (n=2) à l'étude de la rotation du maïs 1992-1993 s'explique donc ainsi.

Les prairies temporaires (ray grass, dactyle et rarement fétuque) et artificielles (luzerne, trèfle et ponctuellement vesce ou sainfoin) représentées généralement en montagne par des surfaces de faibles dimensions, ont à l'image du colza un faible taux de variation. Le pourcentage moyen de la première classe (0-10% de la S.A.U qui regroupe 87% des stations) équivaut respectivement à 2,4 et 3,7% (Tab.I.1). On ne peut donc préjuger d'une diminution de ces deux cultures entre 1992 et 1993, la marge d'erreur associée à la précision des relevés d'assolement annuel pouvant être dépassée.

 

II - LES RECHERCHES SUR LA REPRODUCTION ET LA SURVIE Paragraphe I
  Bas de page
1- La détermination de l'âge de cailleteaux    

Pour établir les références nécessaires à la détermination de l'âge des couvées levées ou observées sur le terrain nous avons mesuré les ailes et les comportements de fuite de cailleteaux d'âge connu, éclos en incubatrice. Tous les individus testés sont issus de l'élevage du laboratoire. Ils sont placés en première semaine sur des plateaux éclairés (15/9 LD) puis dans des terrariums de 1 x 2 m en photopériode naturelle du solstice d'été et où ils bénéficient de quelques heures d'ensoleillement direct. Ils sont testés dans une petite prairie naturelle récemment fauchée d'environ 100 m de diamètre, bordée d'une haie arbustive. Le temps est chaud, 28 à 30°C, et la brise d'est à peine sensible. Les cailleteaux ainsi amenés groupés sur les lieux du test sont lâchés un par un au centre de la prairie. Après quelques secondes, ils se dressent, appellent et/ou se mettent à courir. Ils bondissent et s'envolent spontanément du sol en réaction à une simulation d'agression de la part de l'observateur et/ou d'un chien. A peine posés, ils sont poursuivis ce qui donne souvent lieu à un deuxième vol qui est également mesuré. Il n'y a pas de mesures de la vitesse de vol mais la forme de la trajectoire plus ou moins tendue fait l'objet d'une prise de notes (Tab.I.2).

Trois groupes de cailleteaux âgés respectivement de 10 jours (n=13), 14 jours (n=13) et 18 jours (n=16) ont été testés dans ces conditions et ces mesures ont été complétées par des illustrations montrant la croissance de l'aile depuis les stades les plus précoces jusqu'à l'âge de deux semaines (Fig.I.11).

Dans la première semaine, c'est la croissance des rémiges qui donnera les meilleurs critères d'estimation de l'âge: les fourreaux des rémiges primaires sont visibles à partir du 3ème jour; ils sont inférieurs à 9-10 mm jusqu'au 6ème jour. Le duvet qui orne les rémiges, notamment les secondaires, tombe entre le 8ème et le 9ème jour. A l'âge de 10 jours la formule alaire type des rémiges primaires est alors [ - - - 1 1 2 2 2 2 2 ]. Pratiquement tous le cailleteaux réussissent malgré tout à faire des bonds voletés qui peuvent donc constituer un bon critère caractérisant la fin de leur première décade (moyenne à 0,45 cm d'après Tab.I.3).

VARIABLES 10 JOURS

(n=13)

14 JOURS

(n=13)

18 JOURS

(n = 16)

Poids moyen (gr) 18.7

(15 - 23)

27.9

(21 - 36)

38.2

(29 - 48

Longueur moyenne du tarse (mm) 17.5

(16.3 - 19)

20.7

(19.3 - 22.4)

22.7

(20.9 - 24.9)

Distance moyenne de vol (m) 0.45

(0 - 1.2)

7.65

(1.2 - 22)

22.1

(12 - 35)

 
Tableau I.3 : Valeurs moyennes relatives à la morphologie et à la distance parcourue en vol par les cailleteaux en fonction de l'âge
(Les valeurs extrêmes figurent entre parenthèses)
 

A l'âge de 14 jours la formule alaire modale est [ - - - 1 2 3 4 4 5 5 ]. La moyenne des vols se situe entre 7 et 8 mètres, pour des extrêmes de 1,2 à 22 mètres (Tab.I.2). L'effectif est trop réduit pour voir émerger un mode précis mais une majorité de cailleteaux volant dans une fourchette allant de 5 à 15 mètres pourrait bien représenter cette classe d'âge (Fig.I.12).

A l'âge de 18 jours la formule alaire type est [ 1 1 1 4 5 5 5 5 5 5 ]. Les fourreaux des rémiges primaires 8, 9 et 10 apparaissent juste. Avec une aile aussi réduite, les cailleteaux volent entre 10 et 32 mètres (mode entre 17 et 22 mètres). Ils sont capables de se réorienter en vol (environ 20-24 km/heure) et de se diriger sélectivement vers une haie ou une zone d'herbe plus haute où ils se laissent tomber. Par défaut on peut avancer que des cailleteaux volant jusqu'à 50 mètres sont âgés d'au moins trois semaines. Mais il est probable qu'à cet âge et avec ces capacités, ils peuvent moduler leur effort en relation avec la nature du couvert survolé et se poser sélectivement dans la strate herbacée à toute distance.

Outre la détermination de l'âge des couvées sur le terrain, ces observations associées aux critères de mue déjà décrits précédemment (SAINT JALME & GUYOMARC'H, 1994) ont permis de replacer dans le temps les éclosions des oiseaux prélevés expérimentalement.

2- Les recherches de couvées et de nids aux chiens d'arrêt

Sur chaque station d'étude et à proximité immédiate, plusieurs sorties sont réalisées à l'aide de chiens d'arrêt au cours du mois de juillet et/ou d'août selon l'altitude et débutent 6 à 7 semaines après une arrivée présumée d'individus chanteurs. Nous émettons l'hypothèse qu'avec ce contingent de mâles un certain nombre de femelles sont également parvenues sur les sites de reproduction et se sont appariées dans les jours qui ont suivi. Au mieux, les premières éclosions devraient donc se produire environ un mois plus tard soit 10 ou 11 jours de ponte (un oeuf par jour) plus 17 jours d'incubation. Deux semaines supplémentaires et les jeunes sont capables de bien voler ce qui accroît la probabilité de détection de la couvée par l'observateur.

Les prospections sont mises en oeuvre dans un premier temps sur les parcelles facilement accessibles telles que les friches, les jachères, les prairies naturelles ou artificielles puis un second passage est réalisé le lendemain ou le surlendemain des moissons sur les nouvelles parcelles disponibles, période tout autant favorable dans la mesure ou les couvées n'ont pas eu le temps de se délocaliser. Ce phénomène est favorisé par la présence d'andains de paille non emballée continuant à jouer un rôle de couvert.

Les recherches ainsi pratiquées à l'aide de chiens d'arrêt, ont permis d'accéder à des estimations de densités d'indices de reproduction (couvées et nids - chap.III) et d'apprécier simultanément le nombre d'individus par couvée à différents âges (chap.IV).

 

Pour télécharger le texte de ce chapitre (WORD 2000 ; 46 Ko) : cliquez ici

 


[Accueil] [Site] [Espèce] [Thèse] [Liens] [Contact]

[Sommaire] [Introduction] [Chapitre I] [ChapitreII] [ChapitreIII] [Chapitre IV] [Conclusion]

[Bibliographie] [Index] [Figures]

Haut de page

La caille des blés - Patrick MUR - 1994